Nouveau blog de l'association des producteurs de lait indépendants, APLI, ainsi que de FaireFrance, le lait équitable français. Ceci est un blog d'information & de réflexions.
En exclusivité pour la France, Mediapart publie cette tribune du
prix Nobel de l'économie Joseph Stiglitz. Le texte original en anglais a
été publié dans le quatrième numéro du magazine d'opinion publique
européenne Queries.
Lors de notre étude portant sur les dommages résultant des années de
crise et de récession en Europe, qui finalement semblent être en train
de décliner, le fait que la zone euro ne se soit pas désagrégée nous a
fait pousser un soupir de soulagement. Mais le retour à la croissance
est bien loin d'être un retour à la prospérité.
Au rythme actuel de la
« reprise », aucun retour à la normale ne peut être envisagé avant la
prochaine décennie.
Même l'Allemagne, qui est souvent vantée comme étant
le pays réussissant le mieux, a vu une maigre croissance de 0,63 % ces
cinq dernières années – un taux qui dans d'autres circonstances aurait
été synonyme d'échec total. L'euro n'est pas une fin en soi. Il était
supposé être l'instrument d'une Europe plus prospère, avec des niveaux
de vie plus élevés.
En ce qui concerne la zone euro dans sa totalité,
les revenus se situent aujourd'hui à 20 % en dessous de qu'ils auraient
dû être si la tendance de la croissance prédominant lors des années
précédant l'euro avait perduré. Il a été demandé aux Européens de
consentir davantage de sacrifices – baisse des salaires, baisse des
avantages, affaiblissement des systèmes de protection sociale –, tout
cela au nom du sauvetage de l'euro.
Promouvoir un programme ambitieux
Un programme beaucoup plus ambitieux, et différent, est nécessaire :
il est évident que, sous sa forme actuelle, l'euro met le continent en
échec. Et pourtant, dissoudre la monnaie serait également extrêmement
coûteux. Ce qu'il faut, par-dessus tout, c'est une réforme fondamentale
de la structure et des politiques de la zone euro. À l'heure actuelle,
ce qui est nécessaire ne fait plus aucun doute :
Une véritable union bancaire, avec une surveillance commune, une
assurance-dépôt commune et une résolution commune ; sans cela, les
capitaux continueront à circuler des pays les plus pauvres vers les plus
forts.
Une certaine forme de mutualisation de la dette, comme
les Eurobonds (ou euro-obligations) ; avec le ratio dette de
l'Europe/PIB inférieur à celui des États-Unis, la zone euro pourrait
emprunter à des taux d'intérêt réels négatifs, comme le font les
États-Unis.
Des politiques industrielles permettant aux pays
retardataires de rattraper leur retard. Les structures actuelles font
obstacle à ce genre de politiques en tant qu'interventions inacceptables
sur des marchés libres.
Une banque centrale se concentrant non
seulement sur l'inflation, mais également sur la croissance, l'emploi et
la stabilité financière.
Le remplacement des politiques
d'austérité anti-croissance par des politiques pro-croissance se
concentrant sur les investissements dans les peuples, la technologie et
l'infrastructure.
Un fonds de solidarité pour la stabilisation
– tout comme il y a eu un fonds de solidarité pour aider les nouveaux
entrants dans l'UE.
Une grande partie du concept de l'euro
reflète les doctrines de l'économie néolibérale qui prédominaient
lorsque la monnaie unique a été conçue. On pensait qu'il était
nécessaire de maintenir une inflation à un faible niveau et que cela
serait presque suffisant pour la croissance et la stabilité ; que de
rendre les banques centrales indépendantes était la seule façon
d'assurer la confiance dans le système monétaire ; qu'une dette et des
déficits faibles assureraient la convergence économique entre les pays
membres ; et que la libre circulation des capitaux et des personnes
garantirait l'efficacité et la stabilité.
Des doctrines erronées
Chacune de ces doctrines s'est révélée fausse. Par exemple,
partiellement à cause de l'importance malencontreusement donnée à
l'inflation au lieu de la fragilité financière, partiellement à cause de
présupposés idéologiques selon lesquels les marchés, tout seuls, sont
toujours plus efficaces et que, par conséquent, la régulation devrait
être conservée a minima, les banques centrales américaines et
européennes indépendantes ont réalisé des performances bien plus
mauvaises lors des années d'avant crise que ne l'ont fait des banques
moins indépendantes dans certains des principaux marchés émergents.
L'Espagne et l'Irlande avaient des excédents financiers et de faibles
ratios dette/PIB avant la crise. La crise a entraîné des déficits et
une dette élevés, et pas le contraire.
La libre circulation des personnes comme la libre circulation des
capitaux semblaient logiques. Mais lorsque les capitaux ont quitté les
banques dans les pays touchés, les prêts ont contracté une austérité du
secteur privé qui a exacerbé celle du secteur public. De la même façon,
la migration en provenance des pays frappés par la crise a creusé les
économies plus faibles et imposé une pression fiscale croissante aux
laissés-pour-compte.
La dévaluation interne – réduisant les salaires et les prix
nationaux – n'est pas un substitut à la flexibilité du taux de change.
En effet, il existe une inquiétude croissante sur la déflation qui
augmente l'effet de levier et le poids des niveaux de la dette qui sont
déjà trop élevés. L'extrême austérité que de nombreux pays européens ont
adoptée après la crise a presque été un coup de grâce. Une récession à
double creux et la flambée du chômage représentent des coûts terribles à
payer pour des soldes de comptes courants légèrement améliorés – qui
vont mieux dans la plupart des cas, plus parce que les importations ont
diminué que parce que les exportations ont augmenté.
L'Allemagne et quelques autres pays du nord de l'Europe ont hésité à
aider leurs voisins en difficulté pour leur permettre de sortir de la
crise. Mais s'ils veulent absolument poursuivre les politiques
actuelles, ces pays, ainsi que leurs voisins du sud, finiront par payer
un prix bien plus élevé que si la zone euro adopte le programme décrit
ci-dessus.
L'euro peut être sauvé, mais il faudra plus que des beaux discours
affirmant un engagement envers l'Europe. Si l'Allemagne et d'autres pays
ne sont pas prêts à faire ce qu'il faut – s'il n'y a pas assez de
solidarité pour que les politiques fonctionnent – alors il se pourrait
que l'on doive abandonner l'euro pour sauvegarder le projet européen.
Joseph E. Stiglitz, économiste américain, professeur à
l'Université de Columbia. Il a reçu le prix Nobel de sciences
économiques en 2001 et il est également ancien premier vice-président et
économiste en chef de la Banque mondiale (1997-2000).
Cette tribune vient d'être publiée en anglais dans le quatrième numéro du magazine d'opinion publique européenne Queries et
traduite en français pour Mediapart. Le trimestriel Queries est édité
par la FEPS, le think tank des sociaux-démocrates au niveau européen.
Un traité peut en cacher un autre : après le TTIP, CETA : TISA
Un projet encore plus secret et méconnu que le TTIP (ex-TAFTA) : l’accord TISA. L’Accord sur le Commerce des Services (TiSA) actuellement négocié entre une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis, les pays de l’UE et la Suisse, imposerait la dérégulation de tous les services (notamment financiers!) et la privatisation des services publics. Wikileaks vient aujourd’hui de publier le projet de cet accord.
Qu’est-ce que TiSA ?
TiSA, en anglais, signifie Trade in Services Agreement ou en français Accord sur le Commerce des Services (ACS). Cet accord vise la libéralisation totale du « marché des services ». Lancé sur initiative des Etats-Unis et de l’Australie en 2012, TiSA se trouve actuellement en phase de négociation. Une cinquantaine de pays (y compris ceux de l’Union Européenne) en font partie[1], dont la Suisse. Le sixième round a eu lieu en février 2014 à Genève. Négocié en dehors du cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), cet accord, une fois conclu, devrait toutefois s’élargir à l’ensemble des pays.
Contourner le blocage de l’OMC
Suite au blocage des négociations du cycle de Doha de l’OMC, les accords bilatéraux entre pays se sont multipliés dans le but de faire avancer la libéralisation des échanges. Récemment, des négociations ont été engagées en vue de trois grands accords plurilatéraux et cela dans le plus grand secret, à savoir
TiSA (ou ACS) : Accord sur le Commerce des Services auquel participe la Suisse ;
APT (ou TAFTA) : Accord de Partenariat Transatlantique, entre les Etats-Unis et l’Union Européenne ;
TPP : Accord de Partenariat Trans-Pacifique auquel participent: Etats-Unis, Canada, Mexique, Japon, Australie, Malaisie, Chili, Singapour, Pérou, Vietnam, Nouvelle-Zélande, Brunei.
Si les contenus des négociations de l’APT et du TPP sont du moins partiellement connus grâce à des fuites, on ne sait pratiquement rien de concret sur TiSA, ni le parlement suisse ni le public ne sont informés. Les grandes entreprises, en revanche, sont étroitement associées aux négociations dans le cas des trois accords, accèdent aux informations, voire imposent leur agenda.
Que signifie libéralisation des échanges de services ?
Le but de TiSA est d’ouvrir à la concurrence internationale tous les services et de renoncer à toute protection des fournisseurs de services locaux ou nationaux. Si dans un domaine, des services privés existent à côté des services publics (par exemple hôpitaux, écoles), les deux auraient droit aux mêmes subventions, au nom de la « concurrence libre et non faussée ». Ainsi, par exemple, une université américaine pourrait s’établir en Suisse demandant un financement à la hauteur des universités publiques, aux frais du contribuable.
Cet accord ouvre grand la porte à la privatisation du secteur public pour le seul profit des grandes entreprises. Les domaines de la santé et de l’éducation, par exemple, sont en effet d’immenses marchés potentiels.
La démocratie menacée
Ce qui est en jeu ici c’est le droit démocratique de déterminer quels services les collectivités publiques veulent mettre à disposition des citoyens, quelles règles adopter pour promouvoir la culture, protéger l’environnement, garantir l’accès à la formation et à la santé pour tous. Tout deviendrait une simple marchandise au plus grand profit des multinationales. En plus, de tels accords commerciaux comportent l’instauration de tribunaux d’arbitrage échappant aux droits des Etats contractants. Les entreprises peuvent ainsi porter plainte contre les Etats si elles se sentent lésées et demander des dédommagements qui peuvent atteindre des sommes faramineuses.
Il est prévu que l’accord TiSA soit signé en 2014 déjà. Le parlement suisse sera ensuite appelé à le ratifier sans pouvoir en modifier ne serait-ce qu’une virgule. Il est à craindre que le parlement refuse de soumettre l’accord au référendum facultatif.
[1] Participent à ce jour aux négociations : Australie, Canada, Chili, Colombie, Corée, Costa Rica, Etats-Unis, Hong Kong, Islande, Israël, Japon, Liechtenstein, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pakistan, Panama, Paraguay, Pérou, Suisse, Taïwan, Turquie et UE.
****
OMC, TiSA, APT… un traité peut en cacher un autre !
Le 3 décembre 2013 la l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se réunit à Bali. Les prétentions exorbitantes des multinationales, ont bloqué les négociations depuis une douzaine d’années, d’où le recours à ces négociations parallèles et secrètes pour imposer un fait accompli :
— L’Accord sur le Commerce des Services (TiSA) actuellement négocié à Genève entre 27 pays dont les Etats-Unis, l’EU et la Suisse, imposerait la dérégulation de tous les services (notamment financiers!) et la privatisation des services publics. En effet, les Etats devraient subventionner autant les écoles et les hôpitaux privés que ceux du public, au nom d’une soi-disant «neutralité concurrentielle» ! Nos impôts financeraient leurs bénéfices !
— L’Accord de Partenariat Transatlantique (APT) entre l’Amérique du Nord et l’EU (et qui s’imposerait à la Suisse via les bilatérales) attaquerait la souveraineté des Etats et des citoyens dans tous les domaines, notamment l’agriculture et l’alimentation. Ceux-ci ne pourraient plus interdire les OGM (ni même les étiqueter!) ou les additifs alimentaires toxiques, ni garantir la protection des données sur Internet, ni réglementer la fi nance. Même une municipalité n’aurait plus le droit de choisir le type d’aliments pour ses cantines scolaires, car les Etats devraient veiller à la « mise en conformité de leurs lois, de leurs règlements et de leurs procédures » avec le traité.
Sous couvert de stimuler une économie en crise, il s’agit en réalité d’éliminer toute règle pouvant …et de livrer au capital financier des biens communs fruits de tant de luttes et sacrifices. Il s’agit des immenses «marchés» mondiaux des services publics, tels que la santé ($6460 milliards) ou l’éducation ($2500 milliards).
Une fois adoptés, ces traités seraient imperméables aux alternances politiques et aux mobilisations populaires, car ils ne pourraient être amendés qu’avec le consentement unanime des pays signataires. C’est la souveraineté populaire, le principe même d’un contrôle du politique (et des tribunaux) sur l’économie et la société qui et en jeu.
On comprend alors le secret qui entoure ces négociations. Alors que des centaines de multinationales y participent, rien ne doit filtrer aux journalistes et citoyens. Ils seront informés lorsqu’il sera trop tard.
Il
existe environ 70 paradis fiscaux, judiciaires et réglementaires, dont
une grande partie est liée de près ou de loin à l’Union européenne.
Chaque année, la fraude et l'évasion fiscales coûtent 1000 milliards
d'euros à l'UE. Photo : David Parry/PA Wire
Pour
financer leurs politiques publiques et la lutte contre la pauvreté, les
pays du Sud ont besoin d’augmenter leurs budgets. Aujourd’hui, à cause
de systèmes fiscaux injustes, à cause des exonérations fiscales
négociées par les entreprises multinationales, et à cause de la fraude
et de l’évasion fiscale, les pays en développement perdent chaque année
bien plus qu’ils ne reçoivent en aide internationale.
En
2010, les pays en développement ont vu s’envoler plus de 850 milliards
de dollars de flux illicites vers les paradis fiscaux, soit 10 fois les
montants d’aide internationale qu’ils ont reçu cette même année. Rien qu'en 2012, le NIger a perdu 16 millions d'euros à cause des exonérations de TVA accordées à Areva, l'entreprise qui exploite l'uranium du pays depuis plus de 40 ans.
Le problème est mondial et touche tous les Etats. Chaque année, la
fraude et l'évasion fiscale coûtent 1 000 milliards d'euros à l'Union
européenne. Les paradis fiscaux - dont certains sont liés à l’Union
européenne - contribuent à cette situation en facilitant l’opacité et
la fuite des capitaux. Ils menacent la stabilité financière et
l’économie, sapent les systèmes fiscaux et les budgets des Etats, et
creusent les inégalités dans le monde entier.
Des avancées notoires...
Des mesures commencent à être prises pour lutter contre la fraude et
l’évasion fiscale et instaurer plus de transparence. Des recommandations
que nous avons portées, notamment au sein de la Plate-forme Paradis fiscaux et judiciaires
sont aujourd’hui en passe de devenir la norme : échange automatique
d’informations fiscales, reporting pays par pays des entreprises
multinationales, création de registres sur les sociétés écrans...
... mais il faut aller plus loin
Nous devons continuer de nous mobiliser pour :
Obliger les multinationales à rendre compte de leurs activités pays
par pays, afin de détecter les pratiques d’évasion fiscale ;
Obtenir des registres publics des bénéficiaires effectifs des sociétés et trusts ;
Etablir un système d’échange automatique d’informations fiscales entre tous les Etats ;
Remettre les pays en développement au cœur des réformes sur la
fiscalité internationale, pour ne pas établir de nouvelles règles qui ne
profiteraient qu’aux pays les plus riches et puissants ;
Soutenir les pays en développement qui cherchent à mettre en place des
systèmes fiscaux plus justes, progressifs, et sans exonérations pour
les grandes entreprises multinationales opérant sur leurs territoires.
- See more at:
http://www.oxfamfrance.org/nos-actions/financement-developpement/justice-fiscale-et-lutte-contre-levasion-fiscale#sthash.PS1TbvSS.dpuf
Il existe environ 70 paradis fiscaux, judiciaires et réglementaires, dont une grande partie est liée de près ou de loin à l’Union européenne. Chaque année, la fraude et l'évasion fiscales coûtent 1000 milliards d'euros à l'UE. Photo : David Parry/PA Wire.
Pour financer leurs politiques publiques et la lutte contre la pauvreté, les pays du Sud ont besoin d’augmenter leurs budgets. Aujourd’hui, à cause de systèmes fiscaux injustes, à cause des exonérations fiscales négociées par les entreprises multinationales, et à cause de la fraude et de l’évasion fiscale, les pays en développement perdent chaque année bien plus qu’ils ne reçoivent en aide internationale.
En 2010, les pays en développement ont vu s’envoler plus de 850 milliards de dollars de flux illicites vers les paradis fiscaux, soit 10 fois les montants d’aide internationale qu’ils ont reçu cette même année.
Rien qu'en 2012, le NIger a perdu 16 millions d'euros à cause des exonérations de TVA accordées à Areva, l'entreprise qui exploite l'uranium du pays depuis plus de 40 ans.
Le problème est mondial et touche tous les Etats. Chaque année, la fraude et l'évasion fiscale coûtent 1 000 milliards d'euros à l'Union européenne. Les paradis fiscaux - dont certains sont liés à l’Union européenne - contribuent à cette situation en facilitant l’opacité et la fuite des capitaux. Ils menacent la stabilité financière et l’économie, sapent les systèmes fiscaux et les budgets des Etats, et creusent les inégalités dans le monde entier.
Des avancées notoires...
Des mesures commencent à être prises pour lutter contre la fraude et l’évasion fiscale et instaurer plus de transparence. Des recommandations que nous avons portées, notamment au sein de la Plate-forme Paradis fiscaux et judiciaires sont aujourd’hui en passe de devenir la norme : échange automatique d’informations fiscales, reporting pays par pays des entreprises multinationales, création de registres sur les sociétés écrans...
... mais il faut aller plus loin.
Nous devons continuer de nous mobiliser pour :
Obliger les multinationales à rendre compte de leurs activités pays par pays, afin de détecter les pratiques d’évasion fiscale ;
Obtenir des registres publics des bénéficiaires effectifs des sociétés et trusts ;
Etablir un système d’échange automatique d’informations fiscales entre tous les Etats ;
Remettre les pays en développement au cœur des réformes sur la fiscalité internationale, pour ne pas établir de nouvelles règles qui ne profiteraient qu’aux pays les plus riches et puissants ;
Soutenir les pays en développement qui cherchent à mettre en place des systèmes fiscaux plus justes, progressifs, et sans exonérations pour les grandes entreprises multinationales opérant sur leurs territoires.
En janvier, nous avons publié un rapport intitulé "En finir avec les inégalités extrêmes" qui a fait beaucoup de bruit, notamment ce chiffre choc : aujourd’hui, les 85 plus grandes fortunes au monde possèdent autant que la moitié la moins riche de la population mondiale.
D’un côté, les profits de très grandes entreprises, les salaires d’une poignée de dirigeants et les transactions boursières battent chaque jour de nouveaux records, et ne montrent aucun signe de ralentissement, tandis que de l’autre, le chômage et la précarité augmentent.
Sauf qu’après actualisation par le magazine Forbes de sa traditionnelle liste des milliardaires, il faut bien se rendre à l’évidence... la réalité est encore pire :
Ce sont en fait 67 personnes – soit juste de quoi remplir un bus de tourisme – qui détiennent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, soit 3,5 milliards de personnes.
1% vs. 99%
...
Près de la moitié des richesses mondiales est entre les mains des 1% les plus riches, tandis que 99 % de la population mondiale se partagent l'autre moitié. Et cela dans le monde entier : l'Inde a vu le nombre de ses milliardaires passer de seulement 6 à 56 ces dix dernières années, concentrant environ 200 milliards de dollars entre les mains de quelques dizaines de personnes dans un pays qui compte 1,2 milliard d'habitants.
On pourrait penser que
ces milliardaires se contenteraient de cet argent, mais pour Oxfam, ces inégalités économiques riment de plus en plus avec confiscation du pouvoir politique au profit des plus riches, posant un véritable défi pour la démocratie et entravant tous les efforts qui sont fait pour lutter contre la pauvreté.
Oxfam s’inquiète également pour l’avenir, et du risque de voir ces privilèges se transmettre de générations en générations. Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, sous l’Ancien régime que nous apprenons à l’école, chaque corps, chaque communauté avait ses règles, ses devoirs et ses privilèges et visait à les perpétuer coûte que coûte.
Bien entendu, aujourd’hui cela a bien changé, mais les élites sont toujours soucieuses de leurs intérêts.
Dans leur ouvrage Les ghettos du gotha, les sociologues Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon parlent de la mobilisation des élites françaises pour perpétuer leur mode de vie, et détaillent les nombreux "cercles" qui défendent leur pré-carré. Ils y soulignent le contraste "entre les discours de ces familles sur des sujets économiques et politiques, qui prônent la flexibilité du travail et la mobilité des salariés, et leurs propres pratiques qui visent au contraire à la multiplication des enracinements et à la continuité à travers les générations" .
C’est également ce que souligne le journaliste Hervé Kempf dans son ouvrage L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie : "Derrière l’apparence d’une démocratie représentative, le destin de la collectivité est déterminé par un petit groupe de gens, la classe oligarchique".
Une étude américaine a récemment conclu que 10% des citoyens les plus riches et les lobbys défendant des intérêts économiques ont 15 fois plus d’influence sur les politiques menées que les citoyens moyens et les groupes d’intérêt de masse (comme les syndicats).
Quelques solutions ?
Christine Lagarde, directrice générale du FMI, a récemment estimé qu’"une répartition inégale du revenu porte atteinte au rythme et à la pérennité de la croissance dans le long terme." La Banque Mondiale, à travers son président, Jim Yong Kim, a elle annoncé vouloir s’attaquer aux inégalités. Encore faut-il mettre des actes face à ces paroles.
Pour Oxfam, il est temps de prendre des décisions ambitieuses, notamment concernant les paradis fiscaux, qui décuplent les inégalités économiques ; sur la mise en place de fiscalité progressive sur les richesses et les revenus ; en encourageant les États à utiliser leurs recettes fiscales pour financer l’éducation, la santé et notamment la protection sociale universelle et non de simples ‘’filets de sécurité’’ ; ou en défendant un salaire minimum vital.
Nous plaidons également la mise en place d'un objectif global pour mettre fin aux inégalités économiques extrêmes dans tous les pays, avec par exemple la surveillance constante des écarts entre les 10% les plus riches et les 40% les plus pauvres.
***
Pacte pour une TTF européenne ambitieuse et solidaire
Les têtes de listes écologistes et socialistes aux élections européennes s’engagent en faveur d’une Taxe sur les Transactions Financières (TTF) ambitieuse et solidaire – J-10 pour les autres candidats
Le 6 mai dernier, 10 ministres des Finances ont annoncé la mise en place d’une TTF européenne en janvier 2016. Mais sans préciser les produits spécifiquement taxés ou l’affectation des ressources...
En effet, le gouvernement français continue de s’opposer au niveau européen à la taxation des produits dérivés, qui représentent pourtant l’immense majorité des transactions financières spéculatives.
Par ailleurs, cette taxe risque d’être détournée de l’une de ses raisons d’être : apporter de nouvelles ressources financières pour la solidarité internationale.
Deux raisons pour les associations françaises de maintenir la pression !
Les associations ont ainsi lancé un Pacte invitant les candidat-e-s aux élections européennes à s’engager en faveur de la mise en place d’une TTF ambitieuse et solidaire et à appeler le président de la République à agir.
Pour les associations Oxfam France, AIDES (membre de Coalition Plus), ATTAC, CCFD-Terre Solidaire, le Collectif Roosevelt et les Amis de la Terre, la signature du pacte par les candidat-e-s et député-e-s européens enverra un message fort au gouvernement et Chef d’Etat français en faveur d'une taxe européenne sur l’ensemble des transactions financières et au profit de la solidarité internationale.
A ce jour, l’ensemble des têtes de liste d’Europe Ecologie- Les Verts et la grande majorité des candidat-e-s socialistes ont déjà signé le Pacte, notamment José Bové, Karima Delli, Michèle Rivasi, Pascal Durand, Eva Joly, Sandrine Bélier, Yannick Jadot ainsi que Vincent Peillon, Edouard Martin, Catherine Trautman ou Pervenche Berès.
A dix jours des élections européennes, il n’est pas trop tard : les autres candidats et candidates peuvent encore répondre à l’appel des associations et à leur tour affirmer leur engagement sur ce sujet en amont des élections.
Une taxe minime de 0,01% à 0,1% (selon les transactions touchées) appliquée au secteur financier européen, notamment à l’ensemble des produits dérivés, lutterait contre une spéculation excessive. Elle permettrait aussi de dégager au niveau européen jusqu’à 37 milliards d’euros par an, qui aideraient à protéger l’emploi et les services publics, ainsi qu’à renforcer l’action en matière de solidarité internationale, la lutte contre le sida et le changement climatique.
Le 19 mai prochain, les ministres et secrétaires européens chargé-e-s du développement réunis à Bruxelles doivent se prononcer en faveur d’une Europe solidaire en soutenant l’affectation de cette taxe à la solidarité internationale.
Une TTF européenne au profit de la solidarité internationale serait un exemple concret d’une Europe solidaire et régulatrice de la finance. Celle ci-est possible, et 61% des Européens soutiennent la TTF selon le dernier sondage eurobarometre.
Contacts
Pour Oxfam : Magali Rubino Responsable des relations média mrubino@oxfamfrance.org 01 56 98 24 45 / 06 30 46 66 04
Pour AIDES (membre de Coalition PLUS) : Sophie Baillon sbaillon@coalitionplus.org / 01 77 93 97 27 - 07 81 73 34 77
Pour une révolution fiscale Un impôt sur le revenu pour le XXIème siècle
La fiscalité française est asphyxiée par sa complexité, son manque de transparence et l’accumulation de privilèges pour une minorité de contribuables ultra-riches. Mais on en reste trop souvent, en la matière, à des énoncés aussi vagues que stériles.
Ce livre innove en proposant une critique d’ensemble du système fiscal français. Il démontre scientifiquement, pour la première fois, le caractère régressif de l’impôt dans notre pays (ce qui signifie que, tous prélèvements confondus, les taux d’imposition sont plus élevés pour les ménages les plus modestes et s’abaissent pour les plus riches). Pour cette raison, il fera date.
Mais cette analyse au scalpel ne se contente pas de mettre au jour l’injustice du système. Elle plaide pour une révolution fiscale, chiffrée et opérationnelle, fondée sur trois principes : équité, progressivité réelle, démocratie. Ce livre contribue de manière décisive à l’édification d’une nouvelle critique sociale et se pose au centre du débat politique pour les années à venir.
Pour la première fois dans le monde, un site Internet permet à chacun d’évaluer les propositions des auteurs et de concevoir une réforme alternative: www.revolution-fiscale.fr.